Processus de découverte

Cette expérience se situe dans la continuité du cours portant sur la théorie de la
Gestalt. ... Pour cet exercice effectué une nouvelle fois individuellement, les
étudiants .... Fort du système de résolution que je venais de découvrir
précédemment ... en colonne est ce que l'on appelle un algorithme : « ensemble
d'opérations, ...

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RUCKSTUHL Sciences de l'éducation
Sylvain Février 2000
Cours 06 : Processus et difficultés d'apprentissage Expérience-réflexion N 1
Description de l'expérience Cette expérience se situe dans la continuité du cours portant sur la
théorie de la Gestalt. Cette expérience illustre cette théorie de manière
concrète et tente de faire ressortir les concepts qui y sont rattachés ;
elle a pour but de faire apparaître les avantages et les inconvénients de
l'apprentissage par insight. Mais, cette expérimentation ne touche pas
seulement cette théorie de l'insight, elle présente également, entre autre,
une approche socio-cognitive du travail en groupe et comporte des aspects
métacognitifs : en effet chaque étudiant doit réfléchir et donner une
explication quant à sa méthode utilisée afin de trouver des solutions. Dans
ce travail, je ne vais pas développer ces deux derniers concepts de
l'apprentissage. Je vais me consacrer à l'insight en essayant de mettre en
relation la théorie de ce concept d'apprentissage et les différents moments
de l'expérience. Afin de mieux cerner comment cette expérience-réflexion s'est déroulée, je
vais vous décrire les différentes phases de celle-ci en commençant par
planter le décor. L'expérience a eu lieu dans une salle de cours
universitaire sous la direction de W. Tessaro, assistant de Mme. L. Allal.
Chaque étudiant s'installait où bon lui semblait, ce qui permettait de
travailler avec une personne connue. Pour ma part, je me trouvais à une
table ne comprenant qu'un seul autre étudiant, au contraire des autres
tables de travail où se trouvaient quatre étudiants. Après une brève
description de l'assistant sur le fonctionnement de cette expérience, une
feuille de consigne fut distribuée (cf. annexe 1) à chaque étudiant. Après
de nouvelles explications, la première étape (tâche 1) de l'expérience
commençait.
Phase 1
Les étudiants ont reçu une feuille (cf. annexe 2) contenant l'image d'une
figure formée de cinq carrés de taille identique, à construire au moyen de
seize cure-dents distribués préalablement. Après avoir réalisé cette
figure, le travail consistait, de manière individuelle, à obtenir une
nouvelle figure ne contenant cette fois que quatre carrés de taille
identique à ceux de la figure initiale, ceci en ne déplaçant que trois cure-
dents. Le but de l'expérience était de trouver le plus de figures à quatre
carrés possibles. Dès qu'une solution était trouvée, elle devait être
dessinée sur la feuille contenant l'illustration de la figure initiale (cf.
annexe 2). Après avoir trouvé plusieurs solutions les étudiants devaient
expliquer, toujours sur cette même feuille, les principes qu'ils avaient
utilisés pour arriver à certaines des différentes solutions. Phase 2
Lorsque les étudiants avaient trouvé au moins une solution, ils pouvaient
demander la feuille de feedback (cf. annexe 3). Cette feuille comprenait
quatre solutions possibles que les étudiants pouvaient essayer de
reproduire. Après quoi, les étudiants devaient noter sur le bas de feuille,
les principes de solutions correspondant à la réalisation de chaque figure.
Phase 3
La deuxième activité de l'expérience a été atteinte (tâche 10). Une
nouvelle feuille (cf. annexe 4) était distribuée aux étudiants, feuille
qui, comme la précédente comprenait l'illustration d'une figure formée de
cinq carrés de grandeur égale. La tâche était la même que celle de la tâche
1, à savoir : obtenir quatre carrés de la même taille que ceux présents
dans la figure initiale en ne déplaçant que trois cure-dents. Pour cet
exercice effectué une nouvelle fois individuellement, les étudiants
devaient trouver le plus de solutions possibles et les noter sur la feuille
en tentant d'expliquer les principes de solutions utilisés. Ensuite, chaque
étudiant devait confronter ses résultats avec ceux de son ou de ses voisins
et tenter d'expliciter les démarches suivies, les principes trouvés, les
intuitions ou interrogations ressenties. Phase 4
Après avoir confronté leurs résultats, les étudiants devaient demander la
feuille de feedback relative à la tâche 10. Toujours sous la forme d'un
travail collectif, les étudiants devaient réaliser les solutions non
trouvées et noter les principes de solutions. Phase 5
Durant le dernier quart d'heure du cours, tous les étudiants étaient amenés
à échanger leur impression sur l'expérience. Cette confrontation d'idée a
permis à tout le monde de mettre en commun les stratégies utilisées et
d'expliquer les procédures suivies lors de l'expérience afin de trouver les
diverses solutions.
Processus de découverte Lors de l'expérience-réflexion, nous, les étudiants, avons été confrontés à
une figure formée de seize cure-dents disposés de façon à produire cinq
carrés de taille identique. Comme je l'ai expliqué précédemment, le but de
l'exercice était d'obtenir quatre carrés de la même taille que ceux
présents dans la figure initiale en déplaçant trois cure-dents. Cette
expérience avait pour objectif de nous faire ressentir un insight, sorte
d'illumination ou plus précisément, une découverte de la solution d'un
problème. Ce terme d'insight, est l'équivalent du mot allemand « Einsicht »
qui signifie « compréhension » et fut introduit par les chercheurs de la
Gestalt théorie. Ce courant était celui qui s'opposait le plus directement
au courant béhavioriste. En effet, pour les béhavioristes,
« l'apprentissage portait sur des éléments de la situation, et sur
l'établissement d'association entre ces éléments » (Gaonac'h, 1995, p.42).
Pour les gestaltistes, les éléments ne sont pas pertinents, c'est
l'établissement de relations entre les éléments qui importe.
L'apprentissage est donc vu comme un « processus d'organisation des
éléments d'une situation » (Goanac'h, 1995, p.43). Mais, dans ce travail
pratique, l'insight a été utilisé dans le but de faire vivre aux étudiants
une découverte. Dans le cadre de ce travail, je ne vais pas m'intéresser
aux avantages et aux inconvénients de cette forme d'apprentissage, ni
approfondir son utilisation dans un cadre scolaire. Je vais concentrer ma
réflexion sur le processus même de la découverte, c'est-à-dire aux
différentes caractéristiques de ce phénomène, en essayant d'intégrer des
exemples concrets ressentis lors de cette expérience-réflexion. Lors de la tâche 1, nous devions, en premier lieu, construire la figure
initiale (cf. annexe 2). Après l'avoir réalisée, je me suis lancé, sans
trop me poser de questions, dans de nombreuses tentatives qui sont toutes
restées infructueuses. Au bout d'un certain temps, je n'ai plus touché un
seul cure-dent, je les ai juste regardés, je fixais la figure. Après
quelques instants, j'ai remarqué qu'en utilisant les deux cure-dents
extérieurs du carré se trouvant à l'extrémité droite de la figure (le seul
carré positionné en-dessous d'un autre), qu'en plaçant ces deux cure-dents
à la verticale du deuxième carré ( en partant depuis la gauche) et qu'en
utilisant le cure-dent du côté supérieur de ce deuxième carré, on arrivait
à une des solutions. J'ai construit la figure C (cf. annexe 3). Après avoir
replacé tous les cure-dents, de sorte à reproduire la figure initiale, j'ai
recommencé les mêmes manipulation à la différence que j'ai positionné cette
fois-ci les cure-dents au-dessus de ce deuxième carré. De cette manière, je
venais de réaliser la figure D (cf. annexe 3). Durant ces premières minutes d'expérience, j'ai connu un insight. En effet,
j'ai trouvé deux solutions (qui découlaient l'une de l'autre) de façon
quasi soudaine après avoir arrêté de nombreuses manipulations irréfléchies.
Ceci, à l'instar du singe Sultan, qui, lors d'une expérience menée par le
chercheur allemand Köhler, a connu les mêmes stades, les mêmes phases avant
d'arriver à la solution du problème qui lui était proposé. En effet, ce
grand singe devait, à l'aide de deux bâtons s'emboîtant l'un dans l'autre,
attraper de la nourriture se trouvant à une certaine distance de lui. Après
de nombreux essais, le singe Sultan se reposa quelques instants et
découvrit la subtilité des deux tiges en jouant avec. Dès que les deux
bâtons furent assemblés le singe compris qu'il pouvait, à ce moment,
réussir à tirer la nourriture vers lui. Il ressort de ce résumé de l'expérience de Sultan, ainsi que de la mienne,
une première propriété de la découverte : le tâtonnement. Je dis
« caractéristique », car de nombreux étudiants, lors de la confrontation
d'idées en fin de séances ont expliqué leurs premières démarches comme
étant de ce type. Ceci a également été observé par Köhler et d'autres
chercheurs en travaillant sur d'autres chimpanzés : « une période de
tâtonnement variable, une phase très courte de réflexion, puis une vision
quasi instantanée de la solution » (Dubé, 1986, p. 179). Pourquoi le tâtonnement et quelle en est la conséquence sur le travail des
apprenants ? Si l'on se remet dans le contexte du travail pratique proposé
ce jour là, tous les étudiants étaient confrontées à cette figure formée de
cure-dents. La tâche proposée nous demandait de ne former que quatre
carrés. Comment faire puisque nous n'avions aucune règle, aucune théorie,
aucune marche suivre afin de résoudre ce problème. La seule procédure à
adopter était d'essayer, de prendre un cure-dent, de regarder où nous
pouvions le placer afin de réussir.