le defi economique : sortir de l'ordinaire - TEL (thèses

C'est donc un témoignage sur l'exercice du métier bancaire « à la base » et qui apporte ...... [84] Cf. Frédéric Barbier, Le patronat du Nord sous le Second Empire : une ...... Aline Raimbault et Henri Heugas-Darraspen, Crédit foncier de France,  ...



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[pic] [pic] Le défi économique
ou comment sortir de l'ordinaire
par
Nicolas Stoskopf
Université de Haute-Alsace
Centre de recherche sur les économies, les sociétés, les arts et les
techniques (CRESAT° Mémoire de synthèse
pour l'habilitation à diriger les recherches
sous la direction de Monsieur le Professeur Dominique Barjot
Session d'automne 2002
Résumé Ce mémoire de synthèse fait le bilan, en 2002, d'un ensemble de
travaux consacrés pendant une vingtaine d'années par l'auteur à
l'industrialisation alsacienne aux XIXe-XXe siècles, aux entrepreneurs
et aux facteurs anthropologiques de la réussite économique. La
réflexion aboutit à trois conclusions provisoires : le clivage
confessionnel, s'il ne peut être analysé en termes d'aptitudes, n'est
pas neutre et se traduit notamment par un sens du collectif des
minorités protestante et juive s'opposant à l'individualisme
catholique. Le rapport au territoire constitue un deuxième facteur de
différenciation culturelle qui fait intervenir les identités locales ou
régionales, les migrations, la volonté d'ancrage. Enfin, une troisième
variable est celle de l'horizon temporel de l'entrepreneur : sont en
jeu les identités culturelles et sociales, les stratégies de formation,
les pratiques familiales, les évolutions intergénérationnelles. Il
serait intéressant de tester ces observations, avec d'autres, dans une
analyse factorielle portant sur l'ensemble du patronat français du
Second Empire. Introduction A Michel Hau,
présent à chaque pas
de ces vingt ans de recherche.
« Raconter l'économie revient à raconter l'histoire d'individus
sortant de l'ordinaire[1] ». Cette citation de Paul Krugman, détachée
de son contexte, a de quoi choquer : seuls compteraient les
entrepreneurs, nouveaux démiurges des temps modernes, alors que tous
les anonymes ne seraient que des masses de man?uvre à leur disposition,
de simples variables sans influence sur la marche de l'économie. Sans
doute, l'auteur ne méprise pas à ce point les masses... Il veut
simplement montrer, à ce moment de son livre, que les nouvelles
technologies de l'information redonnent, dans les années quatre-vingt-
dix, une chance à la figure de l'entrepreneur, à celui qui a une idée
meilleure que les autres, la développe « dans son garage ou dans sa
cuisine » et fait fortune ; elles contredisent John Kenneth Galbraith
lorsqu'il estimait en 1968 que « l'entrepreneur n'existe plus en tant
qu'individu dans l'entreprise industrielle arrivée à maturité[2] », tué
par l'organisation, ainsi que par le divorce entre propriété du capital
et direction de l'entreprise. En concurrence avec d'autres citations, la phrase de Krugman l'a
emporté pour être placée en exergue de mon dernier livre sur les
Banquiers et financiers parisiens du Second Empire : mieux que
d'autres, elle s'adapte parfaitement au sujet, puisque ces banquiers
sortent effectivement de l'ordinaire. Elle met d'autre part l'accent
sur l'importance du facteur humain, ce qui, sous la plume d'un
professeur d'économie au MIT, a de quoi rassurer
l'historien économiste, de surcroît prosopographe : raconter
l'économie, ce n'est donc pas seulement étudier des variables
quantitatives, manier des équations et construire des courbes, cela
peut être simplement raconter des histoires... Enfin, elle montre que
l'auteur ne pense pas l'économie en termes de continuité, mais de
changement, non pas comme un circuit qui se reproduit à l'identique
dans le temps, une machine qui tourne et finit par ronronner, mais un
mécanisme instable dont le fonctionnement se renouvelle sous l'action
de certains individus innovants et entreprenants. Il n'y a pas de
fatalité, de déterminisme contre lequel on ne puisse rien faire. Là
aussi, ces conceptions ont quelque chose de réconfortant pour
l'historien économiste qui y trouve une justification de son
travail[3]. Reste que le terme d'individu passe mal. Il n'est pas besoin de
remettre en cause l'héritage des Lumières ou les leçons des économistes
classiques, pour douter de la capacité des individus, fussent-ils chefs
ou entrepreneurs, à faire, à eux seuls, l'histoire ou l'économie. Ils
sont le produit d'une histoire, ils vivent une histoire qui les dépasse
et peuvent, au mieux, infléchir son cours. Quant aux grands
bouleversements, aux mutations, aux tournants ou aux révolutions, ils
ne sauraient se réduire à l'action de quelques individus isolés. Pour
ne prendre qu'un exemple, aucun historien sérieux ne prétendrait
raconter la Révolution industrielle anglaise en se bornant au rôle de
quelques techniciens habiles ou d'entrepreneurs géniaux : c'est tout un
peuple, officiers et hommes de troupe, qui « sort de l'ordinaire » pour
se projeter dans des transformations extraordinaires. On est alors tenté de retoucher la phrase de Krugman, comme on le
ferait d'une photo, et de lui donner une portée problématique en
l'enrichissant de « social » et de « culturel », de « collectif », en
essayant quelques termes plus riches de significations historiques
comme peuples, travailleurs, communautés, régions, villes, groupes,
réseaux, équipes, familles... On conserve l'idée centrale que les
hommes en général sont les acteurs du développement économique, par
opposition aux schémas marxistes ou à divers déterminismes, mais en
laissant ouverte la question des combinaisons qui déverrouillent les
portes, qui permettent de modifier le cours de l'histoire économique et
de « sortir de l'ordinaire ». La question est très commune : elle se pose à tous ceux qui
réfléchissent aux conditions du développement économique des XIXe et
XXe siècles, et ils sont nombreux. Mais chacun l'abordant sur un
terrain particulier et avec ses propres outils intellectuels, les
réponses sont nécessairement multiples et difficiles à synthétiser. Le
sont-elles moins chez le même historien dont les travaux sont, plus ou
moins, le fruit des circonstances ? Après une thèse de troisième cycle
sur la petite industrie dans le Bas-Rhin au XIXe siècle, sujet
librement choisi et défini sans intervention extérieure, les
« commandes », ou plutôt les suggestions, se sont enchaînées, une
histoire d'entreprise, Thann et Mulhouse, la prosopographie des patrons
alsaciens du Second Empire, suivie par celle des banquiers et
financiers parisiens, dont le résultat constitue, à côté du présent
mémoire, l'autre volet du dossier remis au jury pour l'obtention de
l'habilitation à diriger les recherches. Elles ont occupé au total un
peu plus de vingt ans de recherches historiques menées en complément
d'une carrière enseignante effectuée jusqu'en 2000 en collège et en
lycée. Le hasard - mais est-ce vraiment le hasard ? - fait bien les choses :
en passant des chaussonniers de Wasselonne ou des Schnellerklopfer[4]
de Zehnacker, aux représentants les plus fortunés des deux cents
familles, à Rothschild ou à Seillière, cet itinéraire conduit du peuple
anonyme et collectif aux parangons de la réussite individuelle. L'idée
« krugmanienne », valorisante et donc habile ( !), pourrait être
défendue d'un progrès personnel continu pour raconter de mieux en mieux
l'économie en se rapprochant progressivement de « l'histoire
d'individus sortant de l'ordinaire ». La ficelle serait non seulement
un peu grossière, mais relèverait en plus de la contrefaçon ! L'option
choisie sera plutôt différente, presque inverse, tout en conservant
l'ordre chronologique dans lequel ces travaux ont été entrepris : en
allant vers l'individu, on ne rencontre pas seulement des talents
remarquables et des réussites spectaculaires, mais aussi des
déterminants culturels et sociaux, des familles et des réseaux, des
types et des catégories.
I La petite industrie dans le Bas-Rhin (1810-1870) S'intéresser à la petite industrie bas-rhinoise au XIXe siècle, c'est
une manière de se détourner ostensiblement de la grande industrie
mulhousienne et haut-rhinoise, textile, mécanique et chimique, d'une
illustration classique de « révolution industrielle ». Qu'on ne croie
pas cependant à une volonté de revanche dans le cadre de la rivalité
traditionnelle qui oppose les deux départements ! Il se trouve que
l'Alsace du XIXe siècle réunit les deux éléments caractéristiques du
dualisme industriel français avec une répartition presque spatialement
pure. La décision à l'automne 1979 d'entamer une thèse de troisième
cycle sur la petite industrie dans le Bas-Rhin
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