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... de leur esprit ; ils sont comme pétris de phrases et de petits tours d'expression, .... dans l'exercice du contre-pouvoir, comme nous le verrons avec le Réseau ...



un extrait du document




Séance 1 : « Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique » :
d'une définition à l'autre.
Supports : 7 documents
1. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française.
2. Samuel Beckett Fin de Partie, 1957
3. La Bruyère, Les Caractères, 1688
4. William Hogarth, La Famille Strode, vers 1738
5. Edouard Molinaro, Le Souper, 1992.
6. Eve Suzanne, « Révolution informationnelle et révolution
numérique », 08/10/2010,
7. Michel Berry et Christophe Deshayes, Les vrais révolutionnaires du
numérique, Autrement, Paris, 2010.
Document 1 : Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey.
Parole : nom féminin issu en 1080 du latin chrétien « parabola » (...).
« Rustica parabola » sert à désigner la langue vulgaire.
Parabola « faculté d'exprimer par le langage parlé » a supplanté le latin
classique « verbum » dans l'ensemble des langues romanes.
Généralement « parole » désigne en général l'expression orale, verbale des
contenus de conscience et le langage oral considéré par rapport à
l'élocution, au ton de la voix, là où le français moderne emploie le mot
« voix ».
Essentiellement, « parole » désigne la faculté d'exprimer sa pensée par le
langage articulé (1165). [...] Par métonymie, « parole » désigne aussi
(...) la suite de mots, le discours exprimant une pensée.
Echange : le mot désigne une communication réciproque (de renseignements,
de documents, etc.), d'où au figuré échange de politesses, échange de vues,
échanges de coups.
Conversation : emprunté au latin impérial « conversatio » < « conversari »
(cum = avec et versari = se tourner) qui signifie fréquentation, commerce,
intimité.
Jusqu'au XVIIème siècle, le mot signifie « genre de vie, conduite » et
« relation ». (...) Dès 1537, il possède aussi le sens « d'échange de
propos familiers » qui s'imposera. Généralement familière, la conversation
a aussi été conçue par les précieux du XVIIème siècle comme un genre
littéraire noble au sens d' « entretien savant ». (...) Depuis, le mot
désigne spécialement un entretien entre personnes responsables, en petit
comité et souvent à huis-clos (notamment en diplomatie).
Par métonymie, il concerne la manière de parler de quelqu'un et ce qu'il
dit (familièrement : avoir de la conversation) ainsi qu'une assemblée de
gens qui conversent. (...) Le mot s'applique aussi (...) en art, à des
tableaux de genre représentant une assemblée de gens qui bavardent,
probablement d'après l'anglais conversation piece. Document 2 : Extraits de Fin de Partie de Samuel Beckett, 1957
Extrait 1
Nagg.- Je gèle. (Un temps.) Tu veux rentrer ?
Nell. - Oui.
Nagg. - Alors rentre. (Nell ne bouge pas.)
Extrait 2
Nagg. - Tu peux me gratter le dos ?
Nell. - Non. (Un temps.) Où ?
Nagg. - Dans le dos.
Nell. - Non.
Extrait 3
Hamm (bas). - C'est peut-être une petite veine. (Un temps.)
Nagg. - Qu'est-ce qu'il a dit ?
Nell. - C'est peut-être une petite veine.
Nagg. - Qu'est-ce que ça veut dire ? (Un temps.) Ca ne veut rien dire (Un
temps.) Document 3 : La Bruyère, Les Caractères, 1688
6 (IV) L'on voit des gens qui, dans les conversations ou dans le peu de
commerce que l'on a avec eux, vous dégoûtent par leurs ridicules
expressions, par la nouveauté, et j'ose dire par l'impropriété des termes
dont ils se servent, comme par l'alliance de certains mots qui ne se
rencontrent ensemble que dans leur bouche, et à qui ils font signifier
des choses que leurs premiers inventeurs n'ont jamais eu intention de
leur faire dire. Ils ne suivent en parlant ni la raison ni l'usage, mais
leur bizarre génie, que l'envie de toujours plaisanter, et peut-être de
briller, tourne insensiblement à un jargon qui leur est propre, et qui
devient enfin leur idiome naturel ; ils accompagnent un langage si
extravagant d'un geste affecté et d'une prononciation qui est
contrefaite. Tous sont contents d'eux-mêmes et de l'agrément de leur
esprit, et l'on ne peut pas dire qu'ils en soient entièrement dénués ;
mais on les plaint de ce peu qu'ils en ont ; et ce qui est pire, on en
souffre.
15 (I) Il y a des gens qui parlent un moment avant que d'avoir pensé. Il y
en a d'autres qui ont une fade attention à ce qu'ils disent, et avec qui
l'on souffre dans la conversation de tout le travail de leur esprit ; ils
sont comme pétris de phrases et de petits tours d'expression, concertés
dans leur geste et dans tout leur maintien ; ils sont puristes, et ne
hasardent pas le moindre mot, quand il devrait faire le plus bel effet du
monde ; rien d'heureux ne leur échappe, rien ne coule de source et avec
liberté : ils parlent proprement et ennuyeusement.
16 (I) L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer
beaucoup qu'à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre
entretien content de soi et de son esprit, l'est de vous parfaitement.
Les hommes n'aiment point à vous admirer, ils veulent plaire ; ils
cherchent moins à être instruits, et même réjouis, qu'à être goûtés et
applaudis ; et le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui. Document 4 : William Hogarth, La Famille Strode, vers 1738
[pic]
William Hogarth, La Famille Strode, vers 1738
Huile sur toile, 87 x 91,5 cm
Tate Gallery, Londres, Don du révérend William Finch, 1880 Document 5 : Le Souper, Edouard Molinaro, 1992.
http://www.dailymotion.com/video/x33ysv_le-souper_shortfilms Document 6 : Eve Suzanne, « Révolution informationnelle et révolution
numérique », 08/10/2010
http://www.implications-philosophiques.org
Révolution numérique
En 2005, a eu lieu le Sommet Mondial sur la Société de l'Information
(SMSI), à l'initiative, entre autres, de l'ONU, et qui avait pour mission
de réfléchir sur les changements sociaux et économiques majeurs qu'amène
l'adoption massive des Technologies de l'Information (TIC) dans les
différentes sphères de l'activité humaine.
De cette rencontre, une définition complète de la Révolution numérique a
été conçue :
La croissance rapide des technologies de l'information et de la
communication et l'innovation dans les systèmes numériques sont à l'origine
d'une révolution qui bouleverse radicalement nos modes de pensée, de
comportement, de communication, de travail et de rémunération. Cette
« révolution numérique » ouvre de nouvelles perspectives à la création du
savoir, à l'éducation et la diffusion de l'information. Elle modifie en
profondeur la façon dont les pays du monde gèrent leurs affaires
commerciales et économiques, administrent la vie publique et conçoivent
leur engagement politique. [..] En outre, l'amélioration de la
communication entre les peuples contribue à la résolution des conflits et à
la réalisation de la paix mondiale.
La Révolution numérique est une notion née récemment et partagé par le sens
commun. Pour résumé, elle se définit avant tout comme le passage de notre
société à l'ère de l'information et de la communication reposant sur une
immatérialité grandissante des données diffusées à l'échelle mondiale.
Plutôt que de parler de Révolution numérique il serait plus juste de parler
de numérisation de la société.
En effet, cette numérisation accompagne des transformations qui ont lieu
aussi bien au niveau politique, social, qu'économique, mais aussi
identitaire [...]. Toutes ces transformations se retrouvent rassemblées
sous le concept de Révolution informationnelle, qui ne se réduit pas à la
numérisation de la société bien qu'elle en soit un aspect évidemment
incontournable.
Ce que le concept de « Révolution informationnelle » nous apporte par
rapport au concept de « Révolution numérique » ? Une histoire, donc un
contexte et ainsi nous permet de nous projeter plus avant dans l'avenir
étant donné que l'on voit d'où on part.
De fait, si on définit la Révolution numérique comme permettant la libre
circulation des informations, des idées et des connaissances dans le monde
entier, alors ce qui devient central est l'information elle-même.
Ainsi, la définition de la Révolution numérique faite par le SMSI, est une
définition tout à fait juste qui s'applique à la Révolution
informationnelle. Document 7 : Michel Berry et Christophe Deshayes, Les vrais
révolutionnaires du numérique, Autrement, Paris, 2010.
On nous prédit depuis des décennies la révolution numérique, et nous y
sommes. Se déroule sous nos yeux, sans que nous en ayons toujours une
claire conscience, une transformation radicale qui touche tous les secteurs
de la société : l'entreprise, l'école, l'hôpital, la ville, les loisirs,
etc. On ne sait pas encore si cette révolution créera le monde nouveau et
harmonieux que des prophètes nous ont fait miroiter, mais une certitude
plutôt inattendue émerge de l'observation : nous y allons gaiement et dans
une relative douceur.
Or, jusqu'ici dans l'histoire humaine, le terme de révolution évoquait la
violence, le courage et la souffrance. Les barricades y étaient
indispensables, tout comme les Gavroche et les têtes coupées. La révolution
a une dimension tragique. Ici, point de Gavroche ni de barricades, ni même
d'affrontements violents entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
Les acteurs de cette révolution sont innombrables, s'impliquent souvent
dans la joie et sont animés par la curiosité insatiable dont sont capables
les hommes quand on leur en donne l'occasion. Les révolutionnaires ne sont
pas les jeunes patrons de start-up tantôt portés aux nues tantôt décriés,
mais une masse silencieuse et joyeuse d'hommes et de femmes ordinaires
....