Fables.doc - Bis repetita placent

Et la peur se corrige-t-elle ? Je crois même ...... Il fit fort peu de résistance. Amour
...... Cet exercice avec mépris ...... Son camarade et lui trouvèrent un poteau.

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Jean de
LA FONTAINE




Fables



[1668-1679]



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1 À Monseigneur le Dauphin

Monseigneur,

S'il y a quelque chose d'ingénieux dans la république des lettres, on peut
dire que c'est la manière dont Ésope a débité sa morale. Il serait
véritablement à souhaiter que d'autres mains que les miennes y eussent
ajouté les ornements de la poésie, puisque le plus sage des anciens a jugé
qu'ils n'y étaient pas inutiles. J'ose, Monseigneur, vous en présenter
quelques essais. C'est un entretien convenable à vos premières années. Vous
êtes en un âge où l'amusement et les jeux sont permis aux princes ; mais en
même temps, vous devez donner quelques unes de vos pensées à des réflexions
sérieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Ésope.
L'apparence en est puérile, je le confesse, mais ces puérilités servent
d'enveloppe à des vérités importantes.
Je ne doute point, Monseigneur, que vous ne regardiez favorablement des
inventions si utiles et tout ensemble si agréables ; car que peut-on
souhaiter davantage que ces deux points ? Ce sont eux qui ont introduit les
sciences parmi les hommes. Ésope a trouvé un art singulier de les joindre
l'un avec l'autre : la lecture de son ouvrage répand insensiblement dans
une âme les semences de la vertu, et lui apprend à se connaître sans
qu'elle s'aperçoive de cette étude, et tandis qu'elle croit faire tout
autre chose. C'est une adresse dont s'est servi très heureusement celui sur
lequel Sa Majesté a jeté les yeux pour vous donner des instructions. Il
fait en sorte que vous appreniez sans peine, ou, pour mieux parler, avec
plaisir, tout ce qu'il est nécessaire qu'un prince sache. Nous espérons
beaucoup de cette conduite. Mais, à dire vrai, il y a des choses dont nous
espérons infiniment davantage : ce sont, Monseigneur, les qualités que
notre invincible monarque vous a données avec la naissance ; c'est
l'exemple que tous les jours il vous donne. Quand vous le voyez former de
si grands desseins ; quand vous le considérez qui regarde sans s'étonner
l'agitation de l'Europe et les machines qu'elle remue pour le détourner de
son entreprise, quand il pénètre dès sa première démarche jusque dans le
c?ur d'une province où l'on juge à chaque pas des barrières insurmontables,
et qu'il en subjugue une autre en huit jours, pendant la saison la plus
ennemie de la guerre, lorsque le repos et les plaisirs règnent dans les
cours des autres princes ; quand, non content de dompter les hommes, il
veut triompher aussi des éléments ; et quand, au retour de cette expédition
où il a vaincu comme un Alexandre, vous le voyez gouverner ses peuples
comme un Auguste : avouez le vrai, Monseigneur, vous soupirez pour la
gloire aussi bien que pour lui, malgré l'impuissance de vos années ; vous
attendez avec impatience le temps où vous pourrez vous déclarer son rival
dans l'amour de cette divine maîtresse. Vous ne l'attendez pas,
Monseigneur, vous le prévenez. Je n'en veux pour témoignage que ces nobles
inquiétudes, cette vivacité, cette ardeur, ces marques d'esprit, de courage
et de grandeur d'âme, que vous faites paraître à tous les moments.
Certainement c'est une joie bien sensible à notre monarque ; mais c'est un
spectacle bien agréable pour l'univers ; que de voir ainsi croître une
jeune plante qui couvrira un jour de son ombre tant de peuples et de
nations.
Je devrais m'étendre sur ce sujet ; mais comme le dessein que j'ai de vous
divertir est plus proportionné à mes forces que celui de vous louer, je me
hâte de venir aux fables, et n'ajouterai aux vérités que je vous ai dites
que celle-ci ; c'est, Monseigneur, que je suis, avec un zèle respectueux,

Votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur, De La Fontaine.

2 Préface

L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables, me donne lieu
d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des maîtres de
notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en Vers. Il a
cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun : que d'ailleurs la
contrainte de la Poésie, jointe à la sévérité de notre Langue,
m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits et banniraient de la plupart de
ces récits la brèveté, qu'on peut fort bien appeler l'âme du conte, puisque
sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette opinion ne saurait
partir que d'un homme d'excellent goût ; je demanderais seulement qu'il en
relâchât quelque peu, et qu'il crût que les Grâces lacédémoniennes ne sont
pas tellement ennemies des muses françaises que l'on ne puisse souvent les
faire marcher de compagnie.
Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas
dire des Anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui
des Modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui font
profession de Poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. À peine
les Fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate trouva à
propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte est
si agréable, que je ne puis m'empêcher d'en faire un des ornements de cette
Préface. Il dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l'on remit
l'exécution de l'Arrêt à cause de certaines fêtes. Cébès l'alla voir le
jour de sa mort. Socrate lui dit que les Dieux l'avaient averti plusieurs
fois, pendant son sommeil, qu'il devait s'appliquer à la Musique avant
qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce songe signifiait :
car, comme la Musique ne rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y
attacher ? Il fallait qu'il y eût du mystère là-dessous ; d'autant plus que
les Dieux ne se lassaient point le lui envoyer la même inspiration. Elle
lui était encore venue une de ces Fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses
que le Ciel pouvait exiger de lui, il s'était avisé que la Musique et la
Poésie ont tant de rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il
s'agissait : il n'y a point de bonne Poésie sans harmonie ; mais il n'y en
a point non plus sans fiction ; et Socrate ne savait que dire la vérité.
Enfin il avait trouvé un tempérament. C'était de choisir des Fables qui
continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il
employa donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie.
Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme s?urs la Poésie et nos
Fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment ; et par l'excellence
de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du Prince des Philosophes.
Après Phèdre, Aviénus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont
suivis. Nous en avons des exemples non seulement chez les Étrangers, mais
chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la Langue
était si différente de ce qu'elle est, qu'on ne les doit considérer que
comme Étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise ; au
contraire, je me suis flatté de l'espérance que, si je ne courais dans
cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de l'avoir
ouverte.
Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes
l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière soit
épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je n'en ai
mis. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire celles qui
m'ont semblé telles. Mais, outre que je puis m'être trompé dans mon choix,
il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que
j'ai choisies, et si ce tour est moins long, il sera sans doute plus
approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours obligation, soit que ma
témérité ait été heureuse, et que je ne me sois point trop écarté du chemin
qu'il fallait tenir, soit que j'aie seulement excité les autres à mieux
faire.
Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le
Public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême brèveté
qui rendent Phèdre recommandable ; ce sont qualités au-dessus de ma portée.
Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait en
récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non que je le blâme d'en
être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demandait pas
davantage ; et, si l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet
Auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est
magnifique chez ces grands hommes ; moi, qui n'ai pas les perfections du
langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il
a donc fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec
d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne saurait trop égayer
les Narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison ; c'est assez
que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré que, ces fables étant
sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par
quelques traits qui en relevassent le goût. C'est ce qu'on demande
aujourd'hui. On veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas
gaieté ce qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable
qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.
Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet Ouvrage qu'on en
doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matière. Car qu'y a-t-
il de recommandable dans les productions de